Quand les morts refusent de partir : Légendes urbaines du Gabon contemporain

septembre 22, 2025

Bonjour à tous,

Après un premier roman sur les crimes rituels, malheureusement courant ici en Afrique, un deuxième opus sur l’esclavage, je me suis attaché dans mon troisième roman à un rituel connu au Gabon, sur l’emprisonnement de l’esprit des morts avant leur voyage vers l’au-delà.

Vous trouverez sur internet nombre de témoignage sur des personnes ayant été en contact avec des personnes récemment décédées. J’en veux pour référence, une lettre de l’Université des lettres et sciences humaines de Gaston Berger de Saint Louis du Sénégal dont extraits de témoignages ci-joints :

Légende 1 : « Mouila-Mangondo »

« L’histoire se passe en 2003 à Mouila. Le soir du défilé, après une dure journée, un jeune soldat décide d’aller se divertir avec ses compagnons d’armes dans une boîte de nuit. Tout se passe bien jusqu’au moment où le jeune soldat s’éloigne du groupe pour aller prendre une bouffée d’air frais dehors. Dans la pénombre d’un réverbère, il aperçoit une jeune dame. Il s’approche d’elle et il la courtise. Le soldat finit par faire l’amour avec sa nouvelle conquête du soir en délaissant ses compagnons. La nuit est longue pour lui. Au petit matin, quand le jeune homme se réveille, il est surpris de se retrouver au cimetière Mangondo sur une tombe. Après cette histoire, il devient fou ». 

Dans une autre version du même récit, il est dit que la langue du soldat s’allonge et devient pendante lorsqu’il embrasse la jeune fille. Apeuré, il s’enfuit et rejoint ses compagnons qui le conduisent à l’hôpital. Il meurt peu de temps après.

Légende 2 : « Des pieds qui ne touchent pas le sol »

« Un jour, à Port-Gentil, précisément dans une boîte de nuit située au Bac-Aviation, une jeune fille occupe la piste de danse sous le regard conquis des autres danseurs. Un monsieur, sous le charme, décide de l’aborder. Ils font deux ou trois pas de danses et quelques minutes plus tard, le monsieur un peu fatigué, décide de s’asseoir pour récupérer. Quelle n’est pas sa surprise de constater que les pieds de la jeune fille ne touchent pas le sol ! Il n’en revient pas ! Il revient sur la piste de danse, mais il ne voit plus la jeune fille. Elle a profité d’un moment d’inattention du monsieur pour disparaître à jamais. Désormais à Port-Gentil, avant d’aborder une jeune fille dans un night-club, on prend soin de vérifier ses pieds ».

Une autre version de cette histoire met en scène deux amis dans une boîte de nuit de Libreville, la célèbre Maringa. La fille se fait habilement remarquer en dansant, mais l’un des deux amis constate que ses pieds ne touchent pas le sol et la fille disparaît. Une troisième version va au contraire noter que c’est le jeune homme effrayé qui s’enfuit et décide de ne jamais plus aller en boîte de nuit.

Légende 3 : « Le bal du Lycée »

« Lors d’une soirée culturelle organisée dans un lycée de Libreville, un jeune lycéen aperçoit une jeune fille qui le dévore des yeux depuis la piste de danse. Heureux, il la drague et finit par l’entraîner chez lui. Au moment où ils s’apprêtent à faire l’amour, la jeune fille se sent mal, elle urine puis s’évanouit. Pris de panique, il tente d’ouvrir la chambre, mais la clef a disparu de la porte. Finalement, il réussit à sortir en cassant la fenêtre et il ameute le voisinage. Quand les gens arrivent, la jeune fille n’est plus là. Et à l’endroit où elle se trouvait, sur le lit, il ne restait que des asticots. On conduit le lycéen dans une église pour une délivrance ».

Des faits identiques sont rapportés au sujet d’un jeune vacancier qui emmène une inconnue chez lui. Elle disparaît comme par enchantement à l’entrée de la porte. Pris de peur, il appelle sa mère qui lui révèle que la jeune fille est décédée depuis longtemps. Pour le guérir, la mère accomplit très tôt le matin, un rite oral de la société Punu appelé mwandzu (Massounga Mihindou).

Légende 4 : « Inanga-dehors »

« Un soir de 1995 à Inanga, alors que l’ambiance du lieu est chaude, un monsieur est ébloui par la beauté d’une dame qui paisiblement sirote un jus de fruit. Aussitôt, il décide de l’aborder. Ils échangent quelques paroles à la suite desquelles la dame propose au monsieur d’aller continuer la soirée chez elle. Fasciné par la dame, le monsieur ne peut résister. Les voilà dans le premier taxi qui se présente. Arrivé chez la dame, le monsieur est ébloui par la beauté de sa maison, tout y brille comme de l’or. Rien ne les retient, ils se jettent dans les bras l’un de l’autre. La soirée ne fait que commencer pour eux ! Au petit matin, c’est sur une tombe jouxtant l’Institut Immaculée Conception qu’il se retrouve nu, ses vêtements accrochés sur la croix. Il s’habille et rentre chez lui. On apprend plus tard que ce monsieur s’est donné la mort ».

Une autre version raconte que dans la boîte de nuit « Inanga-dehors », l’homme séduit par une belle dame allume une cigarette, mais celle-ci s’énerve et lui ordonne de l’éteindre. Après une nuit passée chez cette dame, le monsieur se retrouve le matin tout nu dans un cimetière et il devient fou. Une légende rapportant des événements situés en 2007 dans une boîte de nuit nommée « Le 203 », précise qu’avant l’acte sexuel, le monsieur essaie de prier[16], mais la jeune fille contrariée, lui interdit de le faire. Au petit matin, il se retrouve également torse nu à l’entrée du cimetière de Lalala. Traumatisé, il se pend. Le dénouement est moins tragique dans la version où intervient la femme qui emmène son époux, victime de la femme-fantôme, se faire soigner chez un nganga c’est-à-dire un guérisseur.

Légende 5 : « La femme sans tête »

« Deux amis s’en vont en boîte un soir de décembre 2009. Aux environs de minuit, sur la piste de danse, ils sympathisent avec une très belle demoiselle au visage rayonnant. Ils bavardent en dansant. Pendant que l’un des amis, séduit par la demoiselle danse, l’autre est en train de les filmer. Vers 4 heures du matin, les deux amis, exténués, décident d’aller prendre un verre au comptoir, laissant la demoiselle sur la piste. A leur retour, elle n’est plus là ! Ils continuent la soirée et aux environs de 6 heures du matin ils rentrent chez eux. Le lendemain, ils développent les photos et constatent que la demoiselle de la nuit n’a pas de tête sur toutes les photos. Les deux amis comprennent qu’il s’agit d’un « ditengu », un être de l’autre monde. Après cette aventure, celui des deux garçons qui a longuement dansé avec la demoiselle est en état de transe.  Il s’est retrouvé à l’hôpital, sa mémoire a pris un sérieux coup ».

Une variante du motif de la photo sans tête raconte que le reflet de la jeune fille n’apparaît pas sur le miroir de la piste de danse (Massounga Mihindou « Le miroir parlant »). Dans d’autres légendes de la femme-fantôme, on retrouve parfois le même motif associé à plusieurs autres de ses caractéristiques comme la peur de la cigarette et les pieds en apesanteur.

Légende 6 : « Le numéro de téléphone d’une inconnue »

« Un soir de 2006, un jeune homme rencontre une belle demoiselle dans une boîte de nuit de Libreville. Il discute et danse avec elle un moment, puis elle lui demande de l’accompagner car elle voulait se soulager. Il accepte sans hésiter. Après que la jeune dame eut satisfait son besoin, elle retrouve le monsieur à l’entrée et l’entraîne vers les vestiaires en prétextant qu’il ne fallait pas qu’il y ait de la lumière. Ils font l’amour, puis ils ressortent des vestiaires quelques minutes plus tard et ils se remettent à danser sur la piste. Au moment de rentrer la demoiselle remet au jeune homme son numéro de téléphone. Le lendemain, lorsqu’il se rend au domicile de la fille, il rencontre ses parents qui lui apprennent qu’elle est morte depuis bientôt cinq ans. Il n’en revient pas, il insiste et il présente son numéro de téléphone. Mais les parents lui expliquent que c’est devenu un fait courant qu’elle réapparaisse aux gens et leur donne son ancienne adresse ainsi que son ancien numéro de téléphone. Le jeune homme meurt un an plus tard ».

Dans certaines versions, le personnage masculin, qui recherche le lendemain la belle inconnue rencontrée la nuit, retrouve au domicile des parents de celle-ci, son blouson accroché sur la tombe de leur fille. Il peut également découvrir que la chambre qui l’a ébloui n’est en fait que la tombe de son amante de la veille. Traumatisé par l’horrible vérité, il échappe néanmoins à la mort après s’être fait soigner chez des guérisseurs.

Légendes 7 : « Les aventures d’un homme concupiscent »

« Un homme changeait de femmes tout le temps. Un jour, il rencontre une très belle femme qui lui plaît. Aussitôt, il l’aborde. Ils partent se balader loin de la ville en empruntant un chemin inconnu. Lorsque le monsieur s’inquiète, la femme le rassure. Finalement, ils arrivent dans un bel endroit lumineux. Ils font l’amour jusqu’à la tombée de la nuit. Au petit matin, lorsque l’homme se réveille, il voit des tombes autour de lui et constate qu’il est étendu nu sur l’une d’elles. Pris de panique, il s’enfuit. Il tombe malade et meurt. On raconte qu’il a commis trop de mauvaises actions ».

Légende 8 : « L’épicier de Tchibanga »

« Un jour à Tchibanga, au coucher du soleil, un Libanais, gérant d’une boucherie, voit entrer une demoiselle très jolie qui vient faire quelques achats. Pendant qu’elle choisit ses produits, le Libanais ne cesse de la déshabiller du regard. Quelques temps plus tard, elle arrive au comptoir. Ebloui, il demande à la revoir le même jour, à la fermeture de sa boucherie. Elle accepte sa proposition.  Ils se rencontrent et tout se passe comme il le souhaite, et cela trois jours durant. Le quatrième jour, vers midi, il téléphone en vain à sa dulcinée. Elle est injoignable ! Quand il se renseigne auprès d’une cliente, celle-ci lui apprend que la fille en question est sa défunte nièce. Pris de peur, il perd sa langue. On raconte qu’il s’est fait soigner par un guérisseur, mais qu’il n’est pas totalement guéri ». 

Légendes 9 : « La fille du Beau-Séjour »

«  Un soir, très tard, un monsieur rentre chez lui lorsqu’il aperçoit au niveau de la station de Plein-Ciel[22]une fille qui fait des signes de la main. Ne voulant pas la laisser à la merci des bandits, il s’arrête et l’embarque. Il lui demande où sa destination, elle lui dit : « avance, je descends plus loin, encore devant, bientôt ». Elle l’entraîne jusqu’au quartier Beau-Séjour, sur une route en très mauvais état. Lorsqu’ils arrivent près d’un bosquet, elle descend. Au moment de repartir, la voiture ne peut faire demi-tour. Soudain, deux messieurs apparaissent et l’interpellent : « Tu fais trop de bruit, cette voiture n’est pas à toi, attends jusqu’à 7 heures, on verra ». Au lever du jour, il est surpris de constater que la voiture est stationnée devant des tombes. Pris de panique, il abandonne la voiture et s’en va chez lui. Depuis ce jour, il décide de ne jamais plus venir en aide aux gens la nuit ».

Légende 10 : « Le clando-man et Brigitte »

« Un soir du 12 mars 2004, un « clando-man » quitte Libreville à 22 heures avec des clients qu’il va déposer au Cap-Estérias. Après avoir déposé ses clients, il s’arrête dans un maquis[26] et prend un verre. Vers minuit, il décide de rentrer à Libreville. Lorsqu’il arrive au carrefour Bolokoboué, à 5 kilomètres du Cap, il aperçoit une dame portant un panier au dos qui fait du stop. Il s’arrête et lui demande sa destination. Elle lui répond qu’elle va non loin de Libreville. Il l’embarque et il poursuit son trajet en bavardant avec elle. Il sympathise avec la dame et elle lui donne son prénom, « Brigitte ».

Au niveau du carrefour Malibé 2, le monsieur se rend compte que la dame s’est tue. Ce silence l’intrigue, il regarde par le rétroviseur et il voit qu’elle a la tête baissée. Quelques kilomètres plus loin, précisément au carrefour Bakota, il constate qu’elle n’est plus là. Pris de panique, il se retrouve dans un ravin. Dieu merci, il sort de là sain et sauf. Il raconte sa mésaventure aux gens qu’il rencontre. Ils lui expliquent que cette fille nommée Brigitte est décédée au cours d’un grave accident sur cette route. Depuis ce jour, le clando-man s’arrête de travailler à 20 heures ».

Légende 11 : « La femme de la Nationale »

« Sur le tronçon Libreville-Ntoum, une auto-stoppeuse apparaît souvent aux voyageurs. Un jour, aux environs de 3 heures du matin, un conducteur aperçoit une dame qui fait du stop. Fasciné par sa beauté, il décide de l’embarquer. Elle s’appelle Claire et elle va à Ntoum 6. En chemin, ils discutent joyeusement jusqu’à ce que la dame se sente mal à l’aise à l’écoute du Mungongo. Elle supplie en vain le conducteur d’arrêter cette musique. Elle demande à descendre à la sortie d’Okolassi et il s’arrête. Quand il redémarre, il n’y a plus personne. Depuis ce jour, le conducteur n’a plus embarqué de dame, surtout la nuit ».

Légende 12 : « Le chauffeur de taxi »

« Une demoiselle arrête un taxi au rond-point de Nzeng-Ayongpour se rendre au PK8. A quelques kilomètres de l’école publique de Sibang 3, la jeune fille demande à descendre. Elle commence à s’agiter et elle dit au taximan qu’elle ne retrouve plus son argent. Elle lui demande donc de revenir chercher son dû le lendemain et lui remet en gage un de ses bijoux. Quand il revient sur les lieux avec le bijou, il aperçoit au loin une vieille dame auprès de qui il se renseigne. La vieille fond en larmes et lui apprend que l’inconnue est sa défunte fille. Pris de peur, il abandonne le bijou entre ses mains et s’enfuit en jurant de ne plus travailler la nuit ».

Tout cela serait bien sur complètement fou, si ma propre femme ne m’avait raconté ce même type d’histoire, arrivée à l’un de ses frères, avant même que je ne m’y intéresse et écrive mon premier roman.
Comme l’on dit toute légende a un fond de vérité.

Serez vous prêts à m’accompagner dans cette troisième aventure ?

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